Des équipées spatiales, des cavernes aventureuses et un peu de la géométrie du ciel

Les pas perdus. Jérémy Liron

Paris. France

04 November 2008

Les oeuvres des frères Chapuisat possèdent un charme puissant qui résiste à se dire, une évidence géométrique mal résignée entre le goût enfantin des cabanes bricolées et une rêverie profonde, presque métaphysique, visant les plis et les confins du monde. Et chacune de leurs architectures éphémères, en chacun des lieux qu’elles s’en vont investir, semblent émerger avec une vivacité touchante à la rencontre du monde que l’on porte en soi comme de celui qui s’étend - fondamentalement affecté d’une courbure, disait Leibnitz - s’étirant plis sur plis à l’infini. On serait tenté de dire que sous leur allure fruste souvent, leur coté bricolé qui les fait ressembler à des film de Michel Gondry, elles ont la profondeur du monde et blottissent dedans elles des équipées spatiales, des cavernes aventureuses et un peu de la géométrie du ciel. On les fréquente comme des lieux essentiels qui nous tiennent en suspend et, pareils à l’aleph borgésien, ne consentent à se dire que dans une ébauche de poétique de l’infini. Peut-être faudrait-il dire d’abord ici que l’espace est un désir. Désirer n’étant pas, comme le rappellent Deleuze et Guattari dans l’anti-oedipe, être attiré par quelque chose qui nous manque, mais produire ou construire un ensemble, désirer dans un champs, un réseau. Assurément dans ces formes anguleuses surgies dans les galeries, comme dans ces terriers et tunnels poussés à travers les murs, émerge ce désir enfantin de faire des lieux, de s’approprier le monde. Pour plagier Perec dans son introduction aux espèces d’espaces, l’installation proposée pour l’exposition de la villa Arson encore une fois ce n’est « pas exactement le vide, ce serait plutôt ce qu’il y a autour ou dedans ». Rien, de l’impalpable, du pratiquement immatériel, et comment cet impalpable de l’espace se loge en nous comme nous logeons en lui.

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